yesaLe barrage de Yesa, situé au pied de la Sierra de Leyre, retient les eaux du lac que l’on nomme parfois « La Mer des Pyérénées ».  Ce lac artificiel, formé par le fleuve Aragon, fait près de 10 km de long. Au-delà de son attrait touristique, le barrage de Yesa est essentiel à la production électrique. Il constitue également une réserve d'approvisionnement en eau, pour l'irrigation et l'eau domestique en aval.

Une équipe dirigée par l'Institut Pyrénéen d'Ecologie (IPE) a étudié les processus de ruissellement des eaux en amont du barrage. Ce centre de recherche, intégré au Conseil national de Recherches Scientifiques (CSIC), est spécialisé en Hydrologie : « Les fluctuations climatiques et les activités humaines à différentes échelles temporelles et spatiales influencent de manière décisive les caractéristiques des processus hydrologiques et géomorphologiques de la terre. Évidemment, ces changements déterminent en grande partie la gestion et l'utilisation des ressources en eau. »

L’équipe, constituée de chercheurs de l’IPE, de l’Université de Genève (C3I-Climate Change and Climate Impacts Unit) et de l’Université de Santa Barbara (Bren School of Environmental Science & Management), a analysé divers scénarii climatiques et d'utilisation des sols au bassin versant de l’Aragon. Leur étude permet de mettre en évidence deux impacts : D’une part ceux liés aux changements climatiques et d’autre part ceux découlant de la régénération des forêts.

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Le système de simulation Hydro-écologique Régional (RHESSys) leur a permis de simuler plusieurs hypothèses de ruissellement et d’écoulement des eaux pour en déduire les incidences sur le barrage de Yesa sur une période allant de 2021 à 2050. Les modèles climatiques régionaux (MRC) projettent une tendance au réchauffement et à la sécheresse dans le bassin pour la période 2021-2050. Cela devrait entrainer une diminution de 13,8% des débits annuels, principalement à la fin du printemps et en été.

Les résultats montrent également que l'augmentation de la couverture forestière dans le bassin aurait pour conséquence de diminuer le débit annuel de 16%, principalement au début du printemps, pendant l’été et l’automne. La gestion des forêts influe sur les caractéristiques du sol et modifie l’écoulement, l’interception, l’infiltration, le  stockage de l'eau dans le sol. 

Captura1Les effets combinés de la régénération des forêts en amont du barrage et des modifications climatiques devraient réduire les débits annuels de 29,6%, avec une diminution marquée touchant tous les mois à l'exception de Janvier et Février.

L’étude ainsi réalisée par l’IPE conclut que, dans ces scénarii de réduction des débits, le barrage de Yesa ne suffira pas à répondre aux besoins actuels en eau. Actuellement, la capacité de stockage du lac est de 476 hm3. Avec le projet d’agrandir le réservoir pour atteindre une capacité de 1 059 hm3, la gestion pluriannuelle des débits maintiendrait l'approvisionnement en eau courante. Mais en en tenant compte du futur climat et des scénarii d'occupation des sols, le stockage du réservoir dépassera rarement la moitié de la capacité prévue.

Deux questions à Nacho López Moreno (IPE), auteur principal de l’article :

Quelles difficultés avez-vous rencontrées au cours de cette étude ? Et comment l’équipe de scientifiques a été capable de les surmonter ?

Ce travail, lors duquel le groupe de recherche a appliqué pour la première fois le modèle RHESS, a connu certaines difficultés. La coopération avec l’équipe qui développe le modèle, dirigée par la Dra C. Tague de l’Université de Santa Bárbara, en a, sans aucun doute, facilité beaucoup l’application. C’est l’une des premières fois qu’un essai a été réalisé afin de simuler la gestion d’un barrage en utilisant les débits entrants. Pour ce faire, il a fallu observer et analyser soigneusement les séries historiques d’entrées, de volume retenu et les sorties sur le canal d’arrosage et la rivière Aragón depuis que le barrage a commencé à fonctionner.  

Si le barrage est agrandi, quelles en seraient les impacts sur l’hydrologie en aval du barrage ?

L’augmentation de la capacité de régulation grâce à l’agrandissement du barrage entraînera une plus grande capacité à transformer le régime fluvial de la rivière Aragón. Le changement le plus évident sera une réduction très importante des crues d’eau en aval du barrage. Les débits de printemps se réduiront aussi très probablement, puisque, actuellement, les années de débits importants doivent laminer une bonne partie des débits qui leur arrivent au printemps, lorsque le niveau de retenue excède 90 % de la capacité du barrage.


Référence bibliographique (disponible sur le catalogue d’études de l’OPCC) :

López-Moreno J.I., et al. Impact of climate and land use change onwater availability and reservoir management: Scenarios in the Upper Aragón River, Spanish Pyrenees. Science of the Total Environment (2013)


Article rédigé par Laure Rolland (étudiante du Mastère Spécialisé en Gestion du Développement Durable et du Changement Climatique à l'ESC de Toulouse, dans le cadre du Projet Opérationnel Collectif OPCC-POCTEFA)

 

Le barrage de Yesa, situé au pied de la Sierra de Leyre, retient les eaux du lac que l’on nomme parfois « La Mer des Pyérénées ».  Ce lac artificiel, formé par le fleuve Aragon, fait près de 10 km de long. Au-delà de son attrait touristique, le barrage de Yesa est essentiel à la production électrique. Il constitue également une réserve d'approvisionnement en eau, pour l'irrigation et l'eau domestique en aval.

 

Une équipe dirigée par l'Institut Pyrénéen d'Ecologie (IPE) a étudié les processus de ruissellement des eaux en amont du barrage. Ce centre de recherche, intégré au Conseil national de Recherches Scientifiques (CSIC), est spécialisé en Hydrologie : « Les fluctuations climatiques et les activités humaines à différentes échelles temporelles et spatiales influencent de manière décisive les caractéristiques des processus hydrologiques et géomorphologiques de la terre. Évidemment, ces changements déterminent en grande partie la gestion et l'utilisation des ressources en eau. »

 

L’équipe, constituée de chercheurs de l’IPE, de l’Université de Genève (C3I-Climate Change and Climate Impacts Unit) et de l’Université de Santa Barbara (Bren School of Environmental Science & Management), a analysé divers scénarii climatiques et d'utilisation des sols au bassin versant de l’Aragon. Leur étude permet de mettre en évidence deux impacts : D’une part ceux liés aux changements climatiques et d’autre part ceux découlant de la régénération des forêts.

 

Le système de simulation Hydro-écologique Régional (RHESSys) leur a permis de simuler plusieurs hypothèses de ruissellement et d’écoulement des eaux pour en déduire les incidences sur le barrage de Yesa sur une période allant de 2021 à 2050. Les modèles climatiques régionaux (MRC) projettent une tendance au réchauffement et à la sécheresse dans le bassin pour la période 2021-2050. Cela devrait entrainer une diminution de 13,8% des débits annuels, principalement à la fin du printemps et en été.

 

Les résultats montrent également que l'augmentation de la couverture forestière dans le bassin aurait pour conséquence de diminuer le débit annuel de 16%, principalement au début du printemps, pendant l’été et l’automne. La gestion des forêts influe sur les caractéristiques du sol et modifie l’écoulement, l’interception, l’infiltration, le  stockage de l'eau dans le sol.

 

Les effets combinés de la régénération des forêts en amont du barrage et des modifications climatiques devraient réduire les débits annuels de 29,6%, avec une diminution marquée touchant tous les mois à l'exception de Janvier et Février.

 

L’étude ainsi réalisée par l’IPE conclut que, dans ces scénarii de réduction des débits, le barrage de Yesa ne suffira pas à répondre aux besoins actuels en eau. Actuellement, la capacité de stockage du lac est de 476 hm3. Avec le projet d’agrandir le réservoir pour atteindre une capacité de 1 059 hm3, la gestion pluriannuelle des débits maintiendrait l'approvisionnement en eau courante. Mais en en tenant compte du futur climat et des scénarii d'occupation des sols, le stockage du réservoir dépassera rarement la moitié de la capacité prévue.

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